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Céphalées

La Société Suisse des Céphalées fait les cinq recommandations suivantes:

1) Ne pas répéter l’imagerie cérébrale si le phénotype des céphalées n’a pas changé. (niveau de preuve IV)

 

Intuitivement, de nombreuses personnes associent la douleur à des prodromes lésionnels ou reflétant une lésion tissulaire établie [14]. Il est donc compréhensible que les patient·e·s souffrant de céphalées fréquentes demandent à repasser l’imagerie cérébrale.

Toutefois, elle ne permet pas d’obtenir d’informations complémentaires favorisant l’établissement du diagnostic [15]. De plus, une IRM cérébrale ne rassure qu’à court terme les patient·e·s souffrant de céphalées chroniques quotidiennes [16].

En ce qui concerne les coûts, il n’est pas judicieux de répéter l’imagerie cérébrale si les céphalées sont inchangées. En revanche, en cas de modification des céphalées, la réalisation d’une nouvelle IRM peut être envisagée ; des publications pertinentes peuvent fournir une aide à cet égard [3].

2) Pas de tomodensitométrie du crâne pour le diagnostic des céphalées non aiguës. (niveau de preuve IIb)

 

L’imagerie cérébrale est demandée pour diagnostiquer les céphalées lorsque l’anamnèse et l’examen physique ne permettent pas de faire la distinction entre les céphalées primaires et secondaires [4, 17]. Les céphalées secondaires, qui peuvent être diagnostiquées à l’aide d’une IRM ou d’un scanner, sont notamment les céphalées liées à une thrombose veineuse cérébrale, une tumeur cérébrale ou une hémorragie sous-arachnoïdienne [18].

En règle générale, le scanner et l’IRM ne révèlent aucune anomalie lorsqu’ils sont réalisés chez des patient·e·s souffrant de céphalées non aiguës [19]. Cependant, à l’inverse, il n’est pas possible d’exclure avec certitude une pathologie intracrânienne sur la seule base de l’anamnèse et de l’examen physique [19]. Jusqu’à présent, aucune étude systématique n’a été menée pour savoir si l’IRM détecte de manière plus fiable que le scanner les céphalées secondaires chez les patient·e·s souffrant de céphalées non aiguës [4]. Il existe toutefois des indices selon lesquels davantage de pathologies intracrâniennes sont détectées par un examen IRM que par une imagerie CT [19]. De plus, comme cette technique n’utilise pas de radiations ionisantes, nous recommandons de préférer l’IRM au scanner.

L’IRM est considérée comme sûre en ce qui concerne les éventuelles conséquences à long terme. Dans tous les cas, l’indication d’une imagerie cérébrale doit toujours être remise en question de manière critique, surtout en cas de céphalées non aiguës ; les recommandations actuelles prévoient une indication restrictive [3].

3) Pas d’extraction dentaire pour traiter une algie de la face idiopathique persistante. (niveau de preuve IV)

 

L’algie de la face idiopathique persistante était autrefois appelée algie de la face atypique [18, 22]. Elle persiste quotidiennement pendant au moins deux heures, est mal délimitée et ne peut pas être attribuée au territoire d’innervation d’un nerf périphérique. Même un examen approfondi ne permet pas d’en trouver l’étiologie (en particulier une cause dentaire) [18, 22]. Souvent, de nombreux examens complémentaires sont demandés et différentes spécialités médicales sont consultées [23].

La pathophysiologie n’est pas connue ; une hyperactivité des neurones centraux est discutée [23]. Bien qu’il n’y ait pas de preuve d’atteinte du système nerveux périphérique, des extractions dentaires sont souvent effectuées pour traiter la douleur [24]; il n’existe pas de données sur les succès thérapeutiques. L’extraction de dents saines pour le traitement d’algies faciales idiopathiques persistantes ne peut pas être recommandée.

4) Pas de chirurgie de la migraine. (niveau de preuve IV)

 

Le terme de « chirurgie de la migraine » regroupe plusieurs mesures chirurgicales, principalement destructrices. L’hypothèse de base est que les muscles, les nerfs et les vaisseaux sanguins crâniens jouent un rôle dans l’apparition de la phase céphalalgique de la crise migraineuse [25–27]. Il convient de distinguer ces interventions de la neuromodulation, qui consiste à stimuler ou à infiltrer des nerfs périphériques sans provoquer de lésions tissulaires durables [28, 29].

L’intervention chirurgicale dans le cadre de la migraine a lieu à l’endroit où les douleurs sont perçues en premier ; on distingue quatre régions [25]. Au niveau du front, les muscles corrugator supercilii, depressor supercilii et procerus sont réséqués ; le nerf trigeminus est noyé dans du tissu adipeux. Sur la tempe, le nerf zygomaticotemporalis est partiellement réséqué. À l’arrière de la tête, une section du muscle semispinalis capitis est retirée et le nerf occipitalis major est entouré de tissu adipeux. Le nez est traité par une septoplastie [25, 30].

Une revue systématique a conclu que de telles interventions, comparées aux opérations Sham (fictives) ou à l’absence d’opération, conduisent significativement plus souvent à une disparition totale ou presque totale de migraine (Odds ratio : 21,46, intervalle de confiance à 95% : 5,64–81,58) [25].

La tentative de traiter la migraine par des moyens chirurgicaux a été accompagnée de débats houleux et très controversés [31–33]. Une objection fondamentale au traitement des « points gâchettes » est qu’il n’existe aucune preuve que ceux-ci déclenchent effectivement des maux de tête [32]. De plus, on doute que les méthodes utilisées dans les études aient été appropriées pour démontrer un éventuel succès thérapeutique [33]. Enfin, les données collectées ont également été jugées insuffisantes dans l’ensemble [30].

La « thérapie des points gâchettes » chirurgicale destructrice (et donc irréversible) dans le but de réduire les crises migraineuses ne peut pas être recommandée en l’état actuel des connaissances.

5) Pas de retrait des amalgames pour le traitement des maux de tête. (niveau de preuve IV)

 

L’amalgame est utilisé comme obturateur dentaire depuis au moins le 19e siècle. Alors que la composition de l’alliage a évolué au fil du temps, toutes les formules prévoient l’ajout de mercure [34]. La crainte que le mercure ne se détache du composé et ne provoque une intoxication est régulièrement exprimée depuis de nombreuses années [34, 35]. En conséquence, de nombreux patient·e·s ont demandé à leur dentiste de remplacer leurs amalgames.

En effet, des maux de tête ont été décrits comme l’expression d’une toxicité chronique du mercure [36]. De plus, les personnes qui souhaitent se faire retirer leurs amalgames souffrent nettement plus souvent de maux de tête que celles qui ne souhaitent pas se faire retirer leurs amalgames [37].

Toutefois, la concentration de mercure dans le corps est principalement déterminée par des facteurs environnementaux – et non par les amalgames [38]. De plus, on ne détecte généralement pas de concentrations potentiellement dangereuses de mercure, même chez les personnes ayant des amalgames [39].

Une étude prospective n’a pas constaté de modification des maux de tête un an et demi à deux ans et demi après le retrait des amalgames [40]. Nous n’avons pas connaissance d’études qui auraient montré une modification des céphalées.

Le retrait des amalgames pour le traitement des maux de tête ne peut pas être recommandé.

Littérature

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Société Suisse des Céphalées 

 

https://www.headache.ch/fr/ 

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