Liste Top 5>Médecine Interne Générale ambulatoire (2021)

Médecine Interne Générale ambulatoire

La Société Suisse de Médecine Interne Générale recommande de ne pas pratiquer les tests et prescriptions suivants dans le domaine ambulatoire :

1) Pas de dépistage ni de nouvelle prise en charge des dyslipidémies pour les personnes de plus de 75 ans en prévention primaire.

En raison de leur bénéfice probablement faible et des effets secondaires possibles, la SSMIG recommande de renoncer à commencer un traitement aux statines et donc à mesurer les lipides dans le sang pour les seniors de plus de 75 ans sans maladies cardio-vasculaires. Pour les patients avec des maladies cardio-vasculaires et notamment ayant subi un infarctus du myocarde, la décision de savoir si le recours aux statines est justifié devrait être prise d’entente avec le patient sur la base d’une information préalable détaillée de ce dernier.

Pour les personnes de plus de 75 ans sans antécédents cardiovasculaires, on ne sait pas si un traitement aux statines réducteur des lipides venant d’être commencé empêche les événements cardiovasculaires ou le décès. En conséquence, on peut renoncer à mesurer les lipides pour ce groupe de patients.

 

Sources : Cholesterol Treatment Trialists’ Collaboration
Niveau de preuve : Méta-analyse de 28 études cliniques randomisées

2) Pas d’IRM de l’articulation du genou en cas de douleurs dans la partie avant de genou en l’absence de limitation de mouvement ou d’épanchement articulaire sans traitement conservateur préalable adéquat.

 

Les rares études disponibles pour les patients avec des douleurs antérieures du genou ne révèlent aucune différence de l’évolution de la douleur et de la mobilité selon qu’un examen IRM ait ou non été effectué. En revanche, les IRM donnent souvent lieu à des résultats faussement positifs, qui peuvent déclencher par la suite des interventions coûteuses, risquées et inutiles.


Sources : American Medical Society for Sports Medicine, The Canadian Orthopaedic Association
Niveau de preuve : Méta-analyse de 4 études cliniques randomisées; revue systématique de 63 études

3) Pas de substitution ferrique chez les patients asymptomatiques non anémiques et pas d’infusion de fer sans essai thérapeutique préalable par voie orale (sauf en cas mauvaise absorption)

 

La baisse de performance et la fatigue ne sont pas forcément causées par le manque de fer. Quand l’hémoglobine est présente en quantité suffisante et que les réserves en fer dans l’organisme (dans le foie, la rate et la moelle osseuse) sont pleines, la fatigue a souvent d’autres causes. Jusqu’à présent, aucune indication claire selon laquelle l’apport de fer réduit la fatigue dans cette situation n’a été trouvée.

Pour les patients asymptomatiques sans anémie dont les réserves de fer sont suffisamment remplies (ferritine ≥ 15 μg/L), il n’y a pas d’évidence scientifique claire du bénéfice d’une substitution ferrique, quel que soit le mode d’administration. Chez des femmes non anémiques avec des taux de ferritine assez élevés et une fatigue accrue, deux RCTs ont révélé un faible bénéfice subjectif d’une substitution ferrique orale du point de vue de la fatigue. Un effet placebo ne peut pas être exclu et la qualité de l’évidence scientifique a été jugée modérée à très faible. Si une substitution ferrique est indiquée, il faudrait d’abord tenter une substitution par voie orale compte tenu des risques potentiels de l’infusion, sauf dans les situations spéciales (mauvaise absorption).


Sources : Houston BL, Hurrie D, Graham J, Perija B, Rimmer E, Rabbani R, et al. Efficacy of iron supplementation on fatigue and physical capacity in non-anaemic iron-deficient adults: a systematic review of randomized controlled trials. BMJ Open. 2018;8(4).
Niveau de preuve : Méta-analyse de 13 études cliniques randomisées

4) Ne pas mesurer la vitamine D 25(OH) par habitude pour les personnes ne présentant pas de facteurs de risques pour une carence en vitamine D.

 

Il est très rarement utile de mesurer la vitamine D 25(OH), car le résultat influence peu la procédure recommandée.

 

Sources : American Society of Clinical Pathology, College of Family Physicians of Canada, British Society of Rheumatology, The Royal College of Pathologists of Australasia, US Preventive Services Taskforce.
Niveau de preuve : Revue systématique; méta-analyse de 8 études cliniques randomisées

5) Aucun check-up de santé approfondi régulier chez les personnes asymptomatiques

 

Pour les personnes asymptomatiques, il n’y a pas d’évidence scientifique du bénéfice des check-up de santé périodiques du point de vue des événements cardiovasculaires ainsi que de la mortalité, que ce soit pour la mortalité du cancer ou la mortalité générale. En revanche, ces examens comportent un risque de surdiagnostic, et notamment d’investigations complémentaires après des résultats faussement positifs d’analyses sanguines, d’imagerie ou d’ECG. Les examens de dépistage fondés sur l’évidence scientifique font figure d’exception (p. ex. dépistage de cancers spécifiques en fonction de l’âge et du sexe, tension artérielle, cholestérol), tout comme les consultations sur le mode de vie, dont le bénéfice est clairement attesté scientifiquement.

 

Sources : American Society of General Internal Medicine, College of Family Physicians of Canada
Niveau de preuve : Méta-analyse de 15 études cliniques randomisées