Liste Top 5>Gériatrie

Gériatrie

La Société Professionelle Suisse de Gériatrie recommande de ne pas pratiquer
les interventions suivantes en gériatrie:

1) Ne pas recommander l’alimentation par sonde gastrique percutanée chez les patients présentant une démence sévère; proposer à la place une alimentation assistée par voie orale.

 

Aider un patient atteint à se nourrir avec les mains est une méthode au moins aussi bonne que l’alimentation par sonde eu égard au pronostic de survie, de pneumonies d’aspiration, de fonctionnalité et de confort du patient. L’apport nutritif doit avant tout reposer sur l’alimentation. L’alimentation par sonde est associée à un risque d’agitation, à une augmentation de l’utilisation de moyens de contention physique et chimique et à une aggravation des ulcères de décubitus.

 

Références:
Finucane TE, Christmas C, Travis K. Tube feeding in patients with advanced dementia: A review of the evidence. JAMA. 1999;282(14):1365-1370.
Gabriel SE, Normand ST. Getting the methods right – The foundation of patient-centered outcomes research. N Engl J Med [Internet]. 2012 Aug 30;367(9):787-90.
Teno JM, Feng Z, Mitchell SL, Kuo S, Intrator O, Mor V. Do financial incentives of introducing case mix reimbursement increase feeding tube use in nursing home residents? J Am Geriatr Soc. [Internet]. 2008 May;56(5):887–890.
Teno JM, Mitchell SL, Kuo SK, Gozalo PL, Rhodes RL, Lima JC, Mor V. Decision-making and outcomes of feeding tube insertion: A five-state study. J Am Geriatr Soc.[Internet]. 2011 May;59(5):881–886.
Palecek EJ, Teno JM, Casarett DJ, Hanson LC, Rhodes RL, Mitchell SL. Comfort feeding only: A proposal to bring clarity to decision-making regarding difficulty with eating for persons with advanced dementia. J Am Geriatr Soc. [Internet]. 2010 Mar;58(3):580–584.
Hanson LC, Carey TS, Caprio AJ, Lee TJ, Ersek M, Garrett J, Jackman A, Gilliam R, Wessell K, Mitchell SL. Improving decision-making for feeding options in advanced dementia: A randomized, controlled trial. J Am Geriatr Soc. [Internet]. 2011 Nov;59(11):2009–2016.

2) Ne pas utiliser d’antipsychotiques en première intention pour traiter les symptômes comportementaux et psychologiques de la démence.

 

Les personnes atteintes de démence font souvent preuve d’agressivité, de résistance aux soins et d’autres comportements problématiques ou perturbateurs. Dans de telles circonstances, les médicaments antipsychotiques sont souvent prescrits, mais ils présentent des avantages limités et variables tout en présentant des risques, tels qu’une sédation excessive, une dégradation cognitive et un risque accru de chute, d’accident vasculaire cérébral et de mortalité. L’usage de ces médicaments chez des patients atteints de démence devrait être limité aux cas où des mesures non pharmacologiques ont échoué et où les patients représentent une menace imminente pour eux-mêmes ou pour les autres. L’identification et le traitement des causes de changement de comportement peuvent éviter les traitements médicamenteux.

 

Références:

The American Geriatrics Society 2012 Beers Criteria Update Expert Panel. American Geriatrics Society Updated Beers Criteria for potentially inappropriate medication use in older adults. J Am Geriatr Soc. 2012 Apr;60(4):616-31.
National Institute for Health and Clinical Excellence and Social Care Institute for Excellence NICE-SCIE. National Collaborating Centre for Mental Health. Clinical guidelines #42: Dementia: Supporting people with dementia and their careers in health and social care [Internet]London. 2006 Nov: Amended 2011 Mar [cited 2012 Oct 16]. Available from: www.nice.org.uk/CG042
Maher A, Maglione M, Bagley S, Suttorp M, Hu JH, Ewing B, Wang Z, Timmer M, Sultzer D, Shekelle PG. Efficacy and comparative effectiveness of atypical antipsychotic medications for off-label uses in adults: A systematic review and meta-analysis. JAMA [Internet]. 2011 Sep 28;306(12):1359-69.
Schneider LS, Tariot PN, Dagerman KS, Davis SM, Hsiao JK, Ismail MS, Lebowitz BD, Lyketsos CG, Ryan JM, Stroup TS, Sultzer DL, Weintraub D, Lieberman JA; CATIE-AD Study Group. Effectiveness of atypical antipsychotic drugs in patients with Alzheimer’s disease. N Engl J Med [Internet]. 2006 Oct 12;355(15):1525-38.
Gitlin LN, Kales HC, Lyketsos, CG. Nonpharmacologic management of behavioral symptoms in dementia. JAMA. 2012 Nov 21;308(19):2020-9

3) Éviter d’utiliser d’autres médicaments que la metformine pour atteindre un niveau d’hémoglobine A1c (HbA1c) inférieur à 7,5% chez la plupart des personnes âgées; un contrôle modéré de la glycémie est généralement préférable.

 

Il n’existe aucune preuve que l’usage de médicaments pour obtenir un contrôle glycémique strict est bénéfique chez la plupart des personnes âgées présentant un diabète de type 2. Chez les adultes n’entrant pas dans la catégorie des personnes âgées, en dehors de la réduction à long terme du risque d’infarctus du myocarde et de mortalité sous metformine, l’usage de médicaments pour abaisser l’hémoglobine glyquée à moins de 7,0% peut être délétère, y compris un taux de mortalité accru. Chez les personnes âgées, un contrôle strict a systématiquement provoqué des taux plus élevés d’hypoglycémie. Compte tenu des délais importants nécessaires pour atteindre les avantages microvasculaires théoriques d’un contrôle strict, les objectifs glycémiques devraient refléter les objectifs du patient, son état de santé et son espérance de vie. Des objectifs glycémiques raisonnables se situent entre 7,0 et 7,5% pour les personnes âgées en bonne santé présentant une espérance de vie longue, entre 7,5 et 8,0% pour celles présentant une comorbidité modérée et une espérance de vie de moins de dix ans, et entre 8,0 et 9,0% pour celles présentant de multiples comorbidités et une espérance de vie plus courte.

 

Références:

The Action to Control Cardiovascular Risk in Diabetes Study Group. Effects of intensive glucose lowering in Type 2 Diabetes. N Eng J Med [Internet]. 2008 Jun 12;258(24):2545–2559.
The Action to Control Cardiovascular Risk in Diabetes Study Group. Long-term effects of intensive glucose lowering on cardiovascular outcomes. N Eng J Med [Internet]. 2011Mar 3;364(9):818–828.
Duckworth W, Abraira C, Moritz T, Reda D, Emanuele N, Reaven P, Zeive FJ, Marks J, David SN, Hayward R, Warren SR, Goldman S, McCarren M, Vitek ME, Henderson WG, Huang GD. Glucose control and vascular complications in veterans with type 2 diabetes. N Eng J Med[Internet]. 2009. 360(2):129–139.
ADVANCE Collaborative Group. Intensive blood glucose control and vascular outcomes in patients with type 2 diabetes. N Engl J Med[Internet]. 2008 Jun 12;358:2560-72.
UK Prospective Diabetes Study (UKPDS) Group. Effect of intensive blood-glucose control with metformin on complications in overweight patients with type 2 diabetes (UKPDS 34). Lancet [Internet]. 1998;352:854-65.
Montori VM, Fernández-Balsells M. Glycemic control in type 2 diabetes: Time for an evidence-based about-face? Ann Intern Med[Internet]. 2009 Jun 2;150(11):803-8. Erratum in: Ann Intern Med. 2009 Jul 21;151(2):144. PMID: 19380837
Finucane TE. “Tight Control” in geriatrics: The emperor wears a thong. J Am Geriatr Soc [Internet]. 2012 Aug 6;60:1571–1575.
Kirkman MS, Briscoe VJ, Clark N, Florez H, Haas LB, Halter JB, Huang ES, Korytkowski MT, Nunshi MN, Odegard PS, Pratley RE, Swift CS. Diabetes in older adults: A consensus report. J Am Geriatr Soc. 2012 Oct;60(12):2342-2356.
Hemmingsen B, Lund SS, Gluud C, Vaag A, Almdal TP, Hemmingsen C, Wetterslev J. Targeting intensive glycaemic control versus targeting conventional glycaemic control for type 2 diabetes mellitus. Cochrane Database Syst Rev. 2013 Nov 11;11:CD008143.

4) Ne pas faire usage de benzodiazépines ou d’autres hypnotiques sédatifs chez les personnes âgées en première intention pour le traitement de l’insomnie, de l’agitation ou du délire.

 

Des études à grande échelle montrent systématiquement que le risque d’accidents lors de la conduite de véhicules à moteur, de chutes et de fractures de la hanche entraînant une hospitalisation ou le décès du patient peut plus que doubler chez les personnes âgées prenant des benzodiazépines et d’autres hypnotiques sédatifs. Les patients âgés, leurs soignants et leurs prestataires devraient reconnaître cette nocivité potentielle au moment d’opter pour des stratégies de traitement de l’insomnie, de l’agitation ou du délire. L’usage des benzodiazépines devrait être réservé aux symptômes de sevrage alcoolique, au delirium tremens ou aux cas de trouble d’anxiété généralisée sévère ne répondant pas aux autres traitements.

 

Références:

Finkle WD, Der JS, Greenland S, Adams JL, Ridgeway G, Blaschke T, Wang Z, Dell RM, VanRiper KB. Risk of fractures requiring hospitalization after an initial prescription of zolpidem, alprazolam, lorazepam or diazepam in older adults. J Am Geriatr Soc. [Internet]. 2011 Oct;59(10):1883–1890.
The American Geriatrics Society 2012 Beers Criteria Update Expert Panel. American Geriatrics Society Updated Beers Criteria for potentially inappropriate medication use in older adults. J Am Geriatr Soc. 2012 Apr;60(4):616-31.
Kripke DF, Langer RD, Kline LE. Hypnotics’ association with mortality or cancer: a matched cohort study. BMJ Open. 2012 Feb 27;2(1):e000850.
Glass J, Lanctôt KL, Herrmann N, Sproule BA, Busto UE. Sedative hypnotics in older people with insomnia: meta-analysis of risks and benefits. BMJ. 2005 Nov 19;331(7526):1169.
Sivertsen B, Omvik S, Pallesen S, Bjorvatn B, Havik OE, Kvale G, Nielsen GH, Nordhus IH. Cognitive behavioral therapy vs zopiclone for treatment of chronic primary insomnia in older adults: a randomized controlled trial. JAMA. 2006 Jun 28;295(24):2851-8.

5) Ne pas utiliser d’antimicrobiens pour traiter une bactériurie chez des personnes âgées à moins que d’autres symptômes spécifiques des voies urinaires n’aient été constatés.

 

Des études de cohorte n’ont décelé aucune conséquence défavorable associée à la bactériurie asymptomatique chez les personnes âgées. Les études sur les traitements antimicrobiens de la bactériurie asymptomatique chez les personnes âgées ne démontrent aucun avantage et une augmentation des effets secondaires liés aux antimicrobiens. Des critères de consensus ont été développés pour caractériser les symptômes cliniques spécifiques qui, associés à la bactériurie, définissent une infection des voies urinaires. Le dépistage et le traitement de la bactériurie asymptomatique sont recommandés avant toute instrumentation urologique susceptible de provoquer un saignement muqueux. Ces éléments sont fournis uniquement à titre informatif et ne remplacent pas une consultation médicale. Les patients ayant des questions spécifiques sur les éléments de cette liste ou sur leur situation personnelle sont invités à consulter leur médecin.

 

Références:

Nordenstam GR, Brandberg CA, Odén AS, Svanborg Edén CM, Svanborg A. Bacteriuria and mortality in an elderly population. N Engl J Med. 1986 May 1;314(18):1152–1156.
Nicolle LE, Mayhew WJ, Bryan L. Prospective randomized comparison of therapy and no therapy for asymptomatic bacteriuria in institutionalized elderly women. Am J Med. 1987Jul;83(1):27–33.
Juthani-Mehta M. Asymptomatic bacteriuria and urinary tract infection in older adults. Clin Geriatr Med [Internet]. 2007 Aug;23(3):585–594.
Nicolle LE, Bradley S, Colgan R, Rice JC, Schaeffer A, Hooton TM; Infectious Diseases Society of America; American Society of Nephrology; American Geriatric Society. Infectious Diseases Society of America Guidelines for the diagnosis and treatment of asymptomatic bacteriuria in adults. Clin Infect Dis. [Internet]. 2005 Mar 1;40(5):643-65.

Société Professionelle Suisse de Gériatrie (SPSG)

www.sfgg.ch

Genèse de la présente liste

 

L’American Geriatrics Society (AGS) a mis en place un groupe de travail sous la direction du vice-président du Clinical Practice and Models of Care Committee (CPMC). Les membres du groupe de travail ont été choisis au sein de ce comité, ainsi qu’au sein de l’Ethics Committee, de l’Ethnogeriatrics Committee et du Quality and Performance Measurement Committee (QPMC). Par le biais d’un sondage électronique, les membres de l’AGS ont été invités à donner leur avis et leurs recommandations sur ce qui devrait selon eux figurer sur la liste. Le groupe de travail a d’abord réduit la liste aux dix tests ou méthodes potentiels principaux. Il a ensuite examiné les preuves et sollicité l’avis d’experts pour réduire la liste à cinq recommandations qui ont été passées en revue et approuvées par le comité exécutif de l’AGS et par les présidents et vice-présidents du CPMC, de l’Ethics Committee et du QPMC.

 

Le Comité de la Société professionnelle suisse de gériatrie (SPSG) a examiné les recommandations de la société américaine de gériatrie et a conclu que celles-ci étaient pertinentes et applicables au contexte suisse.